SYLVIE ESTEVES
2, Impasse le Clos de L'isle
32600 L'Isle-Jourdain
N°TVA : 87831059068
Reçoit ou se déplace
sur rendez-vous pris
au 06 83 04 24 67

Sylesna vous accompagne sur les chemins de l’écriture!

Je souhaite être rappelé gratuitement

Goûtez à la littérature avec un feuilleton inédit

Situé à Mauvezin, dans les environs de Toulouse, l'Écritoire de Sylesna vous propose de découvrir les joies de la littérature au travers d'un feuilleton original, Le Grimoire Cordoban. Lisez les épisodes de cette nouvelle fantastique !

LE GRIMOIRE CORDOBAN

Prologue

PrologueSi blanche est la page que l'on voit s'animer, dans un angle logées, les ombres du combat... Non, décidément, tous les chemins ne mènent pas à Rome, pas plus qu'ils ne mènent à la création. Enfin, je veux dire, pas sans errance, pas sans combat. L'autoroute intrinsèque n'existe pas. Les voies empruntées sont à peine praticables et soumettent les pas du voyageur à un déblayage permanent : pour des broussailles épineuses, des cailloux glissants et des balises multiples, susceptibles de fausser la destination, il ne reste plus que l'espace dépouillé au sein duquel l'imagination doit se frayer un chemin. Ce sont d'ailleurs bien souvent les ronces de sa propre vie qui obstruent le passage. Puis, quand les traces grossières de son sillage s'estompent, s'effacent, tout resplendit. Tout, c'est la somme écrite, l'accumulation des pages griffonnées qui s'accrochent aux lambeaux de vie, lancés à coups de jets d'encre aussi imparfaits que cette mémoire sélective et déformante, la faute au temps qui passe, la faute à la mauvaise foi, pour peu à peu se libérer et s'aventurer vers une autonomie relative qui peut prétendre à la création. Les formes alors se déforment... jusqu'à laisser entrer le faux, l'étrange, l'indicible, l'insaisissable dans le monde du vivant et de l'inerte. À l'ombre de cette métamorphose, de cette naissance insolite peut naître le véritable effroi...

Je m'appelle Anne, j'ai trente ans. Je cherche à parcourir le plus beau chemin qui va de mon front jusqu'à cette feuille, qui saisira de ma vie les tranches de choix pour les transcender en trame en plus en plus épurée, pour que toi, lecteur, tu puisses recueillir un récit où le personnel tendra peu à peu vers l'universel. Le vide est angoissant : quelle est donc cette bataille qui se joue là, aux quatre coins de ce format réduit, et quelles sont ces ombres qui noircissent une blancheur oppressante ? J'écris, pour ne pas mourir. Pour que la fiction soit lue, quand la réalité ne peut plus être crue, à moins d'accepter d'être à jamais esclave du délire aux yeux des autres, qui n'ont pas franchi ce seuil où les choses et les êtres semblent se confondre. J'écris, car les écarts interdits dans le monde réel, que l'on nommerait vite folie, peuvent immerger les pages sans souci d'être condamnés à l'internement, à peine coupables d'engendrer un frisson, mais le plus éprouvant, celui qui provoque sans raison un mouvement de recul, on ne sait jamais... Trouver les mots pour raconter l'inimaginable demande un tour de passe-passe qui consiste à transformer la page en aile messagère capable de survoler ce monde et l'autre sans rupture, tant ils se rejoignent tout à coup, sans plus savoir, au fond, démêler le faux du vrai. Je tâcherai de trouver la formule de transition pour permettre cette traversée dans laquelle il faudra bien accepter de me suivre :

Si blanche est la page que l'on voit s'animer, dans un angle logées, les ombres du combat, que les doigts impatients livrent contre la plume, trop longtemps silencieuse et tenue loin des mots. Si le jeu sur le je garde bien le dessus, pour que seule la page ombragée d'écriture et tâchée de ratures illumine les yeux, les lettres déploieront leurs ailes messagères.

Découvrir le prologue

La malédiction

Courbée au-dessus de cette vieille femme au regard déjà vide, qui n'avait à cette heure pour seul vocabulaire que mon prénom, je ne pleurais pas. Je ne pleurais pas, parce que je ne comprenais pas. La cheminée ne crépitait plus depuis plusieurs jours, et le froid et l'obscurité envahissaient la grande maison de campagne bretonne du Faouët alors que l'après-midi n'était pas encore achevé. Grand-mère, mémé, plus immobile que jamais sur son lit, n'avait pas la force de raviver le feu, et personne n'était venu réchauffer l'atmosphère à sa place. On m'avait toujours répété de ne pas toucher le feu, je ne touchais pas. Je n'avais envie de rien de toute façon. Toute volonté m'avait quittée à cette heure. Le froid, ou quelque chose d'autre que je n'aurais su définir, m'engourdissait, et faisait mourir ma grand-mère.

Épisode 2Personne ne venait à notre secours, quand nous-mêmes étions incapables de signaler notre détresse. Le visage de mémé était visiblement sillonné, de ces creux qui semblent artificiels tant ils sont profonds, comme sculptés par la main d'un artiste cherchant absolument à donner forme à la vieillesse. Les lèvres minces, les yeux verts et froids, presqu'inexpressifs, restaient le plus souvent inertes. Le corps las était invariablement alité, à peine porté par l'effort qui semblait surhumain pour assurer les besoins vitaux, avec mon soutien encore. Je ne reconnais plus l'énergique femme qui avait jusqu'alors assuré mon éducation et fait de mon enfance un petit bonheur de simplicité et de créativité. La mort était entrée chez nous un jour, et rien ne parvenait à la chasser, cette invitée indésirable, cette voleuse de sérénité. Le médecin faisait sa visite quotidienne, et semblait comme les autres attendre je ne sais quel instant inévitable, les yeux inutilement pleins de compassion. Il faisait ce qu'il avait à faire, ne disait mot, mais observait beaucoup. Je le trouvais inutile, face à notre désarroi et notre paralysie. Craignait-il quelque contagion ? Je comprendrais plus tard que son inertie n'était qu'apparente, stratégique, et que derrière son curieux regard cheminait une quête de réponse face à l'incompréhensible. J'attendais moi aussi, d'une certaine façon. Mais quoi ? L'immobilisme dans lequel j'étais plongée, que seule égalait la maladie de la vieille statue que je veillais, me paralysait moi qui pourtant étais bien portante, et semblait tour à tour contaminer tous ceux, de toute façon peu nombreux, qui pénétraient au milieu de ces murs de pierre. Comme si l'air de la vieille demeure s'était trouvé vicié, asphyxié, et porteur d'un étrange parfum anesthésiant. La conscience était intacte, la volonté anéantie. Seul mon esprit alors divaguait, alerte mais sans réponse. J'étais clouée sur place, incapable d'une quelconque initiative, comme frappée d'un virus qui diminuait les capacités de mon corps. J'étais le témoin lucide d'une scène qui se jouait au ralenti, voire à l'arrêt, dans un décor inerte et morbide, sans pouvoir comprendre ni réagir. IMPOSSIBLE... Et c'est bien ce qui me faisait terriblement peur : ne pas donner de sens, ne pas pouvoir combattre cette force invisible qui s'était contre notre gré immiscée en nous, par effraction.

Épisode 3Depuis que la maladie s'était invitée, tout s'était endormi. Je trouvais à peine la force de survivre en assurant l'essentiel, sans ardeur. Je ne sortais plus, et j'ignorais ce qui se passait à l'extérieur de ces pierres, notre prison. Se préoccupait-on de nous ? Nous fuyait-on ? Je regardais hagarde autour de moi. La cheminée n'était plus qu'un champ de cendres noires éparses et immobiles dont ne jaillissait aucun espoir de renaissance, et qui répandait une odeur âpre et froide. L'énorme vaisselier, jusqu'alors vivant des repas partagés, semblait plus lourd que jamais et laissait entrevoir à travers ses vitres souillées les rangées d'assiettes et de plats gagnés par une poussière qui prenait le dessus sur des mains inactives. La bibliothèque, jusqu'alors égayée par ses livres sans cesse ouverts et ravivés par des voix chuchotées, parlées ou tremblées mais alertes, n'était plus qu'un bout de bois inutile, tout juste bon à soutenir des liasses de feuilles vainement rassemblées pour combler un vide. Et ce lit, jusqu'alors défait de mes sauts juvéniles et refait patiemment par les mains de ma vieille aimée, qui portait désormais un être pesant d'engourdissement, presque sans vie, creusait déjà un tombeau au milieu de cette crypte qui ne disait pas son nom. Je posais de temps en temps un bref regard, l'espace d'un instant ramené à la vie par l'espoir d'un appel entendu, mais les fenêtres, hermétiques et troubles, ne laissaient passer aucun message salvateur ni bienveillant. Seule la pluie frappait, donnant l'impression que les objets et les éléments avaient pris le pouvoir sur les êtres éteints. Depuis quand ? Mon esprit d'enfant cherchait désespérément le moment où tout avait basculé. Revenir en arrière, sonder les souvenirs, était sûrement le moyen de combattre et de comprendre, faute de pouvoir agir. Je cherchais la cause, l'intrusion fatidique. Il fallait sans doute, pour entrevoir quelque lueur, se rappeler le temps où la vie irradiait encore ces lieux éteints, il y a si peu encore, jusqu'à tomber sur le moment où tout a basculé.

Découvrir la Malédiction

LE CADEAU                 

 

Ce dimanche, toute la maison était en ébullition. Mon oncle Corentin revenait d'un long voyage à travers le monde, et nous l'attendions pour des images et des récits hors du temps. Il était parti deux années auparavant, las de fabriquer et de réparer des filets de pêche acheminés ensuite sur le port de Lorient. Il avait un sacré succès, l'oncle Corentin. Ses filets et ses réparations avaient une réputation sans pareille. Il faut dire qu'il ne restait plus guère de concurrents. Mais son travail était irréprochable, et lui faisait très bien gagner sa vie. Son métier se lisait jusque sur son corps, grand et sec, avec un visage brun et buriné. Il n'était pas pêcheur, mais avait toutes les marques des sorties quotidiennes en mer. Il portait en lui des milliers d'histoires sur la mer ou sur la Bretagne qu'il me racontait patiemment les soirs où il était là. Plus vivant qu'un livre, la véracité de ses propos m'importait peu, et m'aurait même sans doute dérangée. Il faisait partie du petit monde réduit qui m'entourait depuis ma naissance et remplaçait mes parents, chacun avec son rôle, et chacun prenant sa part pour combler l'absence. Mon oncle Corentin était las, surtout je pense, d'une routine qui avait fini par noyer son quotidien dans le verre quelconque d'une fade liqueur. A la recherche d'un élixir nouveau et relevé, il avait décidé alors de proposer ses services, tout en voyageant de port en port, s'arrêtant ici et là  pour gagner de quoi vivre et repartir un peu plus loin. Le Portugal, l'Espagne, le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal, l'Argentine, le Brésil, le Vénézuela, voici quelques destinations et cartes dont je me souvenais et qui avaient éveillé la curiosité de la petite famille que nous formions, et qui elle ne bougeait pas. Ce jour-là il faisait escale chez nous, pour peu de temps ; il avait tant encore à  découvrir ! Il promettait dans ces courriers de ramener, en souvenir, un objet insolite qui devait à  jamais marquer notre mémoire. C'était tout oncle Corentin : toujours dans l'extrême ! Mais j'avais hâte de découvrir le précieux trésor, de si loin exilé, qui sûrement, comme son donateur, n'avait d'autre valeur que celle de l'histoire qu'il portait : une grande valeur non pas marchande, mais intrinsèque.

La maison, pour accueillir l'oncle, était plus vivante que jamais, et les pierres elles-mêmes resplendissaient comme des éclats de rire, échos des nôtres qui volaient dans tout l'espace intérieur : la cheminée, qui faisait entendre ses crépitements joyeux, et qui donnait le spectacle de danses folles jamais abouties et de feux d'artifice renaissants à  souhait, embaumait et réchauffait tendrement l'atmosphère. La bibliothèque laissait vivre ses contes échappés de livres éparpillés, ouverts, aux pages cornées, en l'attente de lectures impatientes. Le vaisselier en fête se voyait déjà  allégé des services, ôtés de ses planches pour trôner sur la table de l'hôte attendu. Et le lit, souffre-douleur de mes prouesses acrobatiques incessantes, exhibait le désordre de la jeunesse et de la vitalité.

  • Tu sais ce que ramènera oncle Corentin, mémé ?
  • Non, ça fait dix fois que tu me poses la même question ce matin. Comment veux-tu que je sache ? Mais ce sera sûrement intéressant. Un coquillage des îles lointaines, peut-être, que tu pourras porter à  ton oreille pour entendre une mer inconnue.
  • Ou une boîte à  musique, répondis-je du tac au tac, comme un écho à  l'appel ludique de ma grand-mère. Avec une étrange mélodie, et des petits danseurs en costume local. Et un collier à  l'intérieur, aux perles minuscules très colorées. Pour mon petit cou. 
  • Et pourquoi pas une lampe magique, tant qu'on y est, avec un génie à  ta disposition pour exaucer tes voeux ?
  • Et-pour-quoi-pas ? Rétorquai-je trois fois d'affilée en sautillant dans la pièce au rythme des syllabes.

Ma grand-mère se boucha les oreilles, et me demanda de me calmer et de me poser avant l’arrivée de l’oncle. Allongée négligemment sur le canapé disposé tout près de la cheminée, mon esprit fécond, entretenu par la douce chaleur et les mouvements du feu, joua encore aux devinettes, le trésor en question devenant au fil de mes jeux imaginaires de plus en plus fantaisiste. Mon regard se dirigea vers la photographie de mon oncle, qui trônait sur la cheminée. Il ne devait pas avoir beaucoup changé depuis son départ. Peut-être le teint s’était-il hâlé un peu plus d’avoir cherché un soleil plus fort ; peut-être le visage avait-il mûri d’avoir couru après de nouvelles expérience. Mais j’allais retrouver le même homme à la stature imposante, qui de fait vous offrait protection, et qui en même temps dissimulait une grande bienveillance. J’allais retrouver le même homme aux yeux graves et réfléchis, sûrement plongés dans l’Océan, pour en avoir à ce point épousé les nuances, à la bouche rieuse et généreuse en mots d’esprit. J’allais retrouver l’homme créatif qui avait toujours su éveiller mon imaginaire par ces belles histoires dont on ne démêlait jamais le vrai du faux. Détendue, immergée dans ces souvenirs sans tache, ennoblis par mes jeunes années plutôt solitaires, je me sentis doucement emportée par une vague de somnolence, à mi-chemin entre le sommeil et la rêverie. Le plus grand flou se mit alors à régner autour de moi, et mon corps s’engourdit.

La porte d’entrée s’ouvrit alors lentement, sans bruit. Faisant son apparition dans la nébuleuse, mon oncle s’approcha de moi en me souriant. Mais son sourire était trop grand, difforme, et son visage, comme vu au travers d’une loupe, n’avait rien de rassurant. Sa voix murmurait des paroles indistinctes qui résonnaient, comme envoyées en échos par chaque pierre des murs, complices de cette cacophonie inquiétante. Il répétait mon prénom, seule parole perceptible dans ce bourdonnement confus, comme une incantation. Il portait un paquet dont on ne pouvait deviner le contenu, me le tendait, me le retirait sans cesse en alternance, dans un jeu d’esquive que je ne trouvai pas du meilleur goût. J’étais en colère. Mais je ne pouvais pas bouger, comme engluée. Alors qu’il s’approchait, énorme comme victime d’un miroir déformant, je me surpris d’une énergie soudaine et presqu’agressive, suffisante pour me jeter sur lui pour attraper l’objet convoité qui, dans l’agitation, tomba au sol en faisant un vacarme assourdissant. Mon oncle se mit à hurler, le regard plein d’effroi, mais curieusement ma voix resta étouffée. Nos deux visages convergèrent vers le point de chute, effarés. Puis je vis ma grand-mère, alors allongée sur le lit, se mettre à trembler.

Quelqu’un me secoua tout à coup. Mon oncle ?

- Réveille-toi donc, le voilà qui arrive, dit une voix qui venait de bien loin.

J’émergeai difficilement de la brume, encore engourdie, étourdie puis, apercevant plus distinctement le visage calme et rassurant de ma grand-mère,  je revins doucement à la réalité. La nébuleuse disparut peu à peu, et je sortis enfin de la torpeur. Il fallait comme il se doit accueillir l’oncle pour de vrai. Un sentiment de malaise persista pendant quelques secondes, le temps qu’il faut pour sortir de ce monde parallèle et inquiétant qu’est le cauchemar. Puis je retrouvai mon entrain habituel.

L’homme qui s’approchait n’avait que peu à voir avec mes songes : avenant, le visage légèrement hâlé par les escales gorgées de soleil, les yeux fatigués mais luisants, dans lesquels vous deviniez les étincelles de la créativité et de l’indépendance. Tout cela n’était bien qu’un mauvais rêve, dû sans doute au terrain favorable crée par l’enchevêtrement de ma position inconfortable et des pérégrinations de mon imagination trop poussées sur le cadeau à venir. Mon oncle, le vrai, était revenu, et il allait pimenter notre existence pendant son bref séjour, en racontant des histoires choisies avec soin, dont le degré de véracité importait peu ; elles participeraient de toute façon à mon épanouissement et ajouteraient un pièce au puzzle encore épars et incomplet de mon histoire familiale.

Découvrir le Cadeau

Top
Réglage des paramètres de cookies

Chers utilisateurs, ce site stocke les cookies sur votre ordinateur. Ils ont pour but d'améliorer l’expérience de votre site Web, tout en vous fournissant des services plus personnalisés.

Si vous souhaitez plus d’informations sur les cookies que nous utilisons, veuillez consulter notre Politique de confidentialité. En acceptant les cookies, vous consentez à leur utilisation. Vous pouvez également paramétrer ces derniers.

Si vous refusez, vos informations ne seront pas suivies, au moment de visiter ce site. Un seul cookie sera utilisé dans votre navigateur pour mémoriser votre préférence de ne pas être suivi.

  • Régler les paramètres
  • Accepter tous les cookies et continuer vers le site